Ouattara : Gbagbo, même libéré, ne pourra pas entrer à Abidjan

La chronique de Tiemoko Assalé sur le climat politique qui prévaut en Cote d'ivoire « Constitution et Politique » c'est le sujet dont Tiemoko Assalé a bien voulu traiter pour éclairer la lanterne des ivoiriens et de tous les acteurs politiques. L'homme décrypte les conditions du retour de Blé Goudé et Gbagbo à Abidjan, s’ils sont totalement libérés par la CPI.
La constitution ivoirienne dit… que dans ce pays, lorsqu’une partie du pays est occupée, on ne peut y organiser une élection présidentielle. En 2010, malgré l’existence de la Constitution, l’élection a été organisée. La suite on la connaît.



Y a-t-il eu oui ou non, violation de la Constitution en 2010 ? On me dira, cela a été fait pour la paix. Mais justement, c’est pour protéger la paix que la constitution dit qu’il est interdit d’organiser une élection dans un pays occupé en partie. La politique avait donc pris le pas sur la constitution. La constitution peut donc être violée pour des questions politiques. C’est un fait.


On me dit que la constitution dit qu’aucun ivoirien ne peut être contraint à l’exil. Pourtant malgré cela, Blé Goudé vient d’être condamné à 20 ans de prison, avec mandat d’arrêt international. C’est à dire que s’il est libéré et qu’il met les pieds en Côte d’Ivoire, il sera arrêté à l’aéroport, conduit devant un juge et écroué à la Maca.

Seule une décision politique, venant du président Ouattara, peut neutraliser ce mandat d’arrêt international . Par conséquent, si Blé Goude ne veut pas aller en prison en rentrant en Côte d’Ivoire s’il est libéré, il devra rester en exil. Au regard de sa condamnation, Blé Goudé n’a plus de droits civiques en Côte d’Ivoire, il n’a même pas droit à un passeport ivoirien pendant 10 ans. La constitution n’existerait donc plus ?


Monsieur Gbagbo est un ancien chef de l’Etat transféré à la CPI dans un avion affrété par l’Etat ivoirien. A la CPI, après 8 ans de procès , il a été acquitté. Avant son acquittement, il a été condamné en Côte d’Ivoire, à 20 ans de prison ferme, condamnation confirmée en appel.
Le 6 février dernier, pour l’audience sur la levée des restrictions ou pas, le gouvernement ivoirien a envoyé des avocats pour s’opposer à la levée de ces restrictions. Le message politique n’était-il pas très clair ?

S’il est libéré, en tant que ancien chef de l’Etat, avant de revenir dans un pays divisé , il faut que le pouvoir Ouattara garantisse sa sécurité, aménage une maison, rétablisse tous ses droits d’ancien chef de l’Etat, lui donne des gardes du corps qu’il devra choisir lui-même dans la police ou la gendarmerie, que le pouvoir assure sa sécurité lors de tous ses déplacements, que le pouvoir lui établisse un passeport diplomatique s’il doit revenir au pays par un vol commercial ou alors il faudra lui envoyer un avion spécial, qu’il soit assuré qu’à son arrivée à l’aéroport, un mandat de dépôt ne sera pas décerné contre lui, etc.


Le pouvoir doit assurer tout ça avant que le président Gbagbo ne rentre. Mais tout cela dépend de la bonne volonté du président Ouattara. Constitution ou pas, s’il ne prend pas toutes ces dispositions politiques, le président Gbagbo ne reviendra pas, ne serait ce que pour sa propre sécurité, dans un pays dans lequel on unanime à penser que la réconciliation n’a pas réussi et où, de nombreuses personnes nourrissent une haine tenace et sont prêtes à tout pour se venger.

L’analyse que j’ai faite n’etait pas un vœu que j’ai émis, c’est une analyse, une simple analyse. Maintenant, chacun est libre de partager l’opinion que j’ai émise ou pas, cela ne peut pas donner lieu à des insultes y compris contre ma génitrice, c’est totalement absurde . J’espère que les faits, demain, me feront mentir mais je m’efforce de sortir de l’émotion dans ce que je dis et de ne pas faire preuve de naïveté. C’est un fait qu’il n’y a aucune élégance dans la politique dans ce pays, la passion, la haine, la vengeance sont dans de nombreux cœurs y compris ceux des leaders politiques.


La constitution , celui qui est le garant de son application, c’est dans notre système politique, le président et le président, seul. On m’oppose comme argument, dans un contexte politique particulier, de passion et de fanatisme, la constitution qui interdit qu’un ivoirien soit contraint à l’exil. Alors qu’il y a de nombreux Ivoiriens qui vivent en exil, qui voudraient revenir au pays mais qui, pour des raisons diverses, ne peuvent pas revenir. Alors que Blé Goude, même libéré, ne pourra pas revenir au pays en raison d’un mandat d’arrêt international.

Soro Guillaume n’est il pas en exil ? La constitution a été supprimée ? Regardons froidement les choses. J’espère que l’avenir me fera mentir et dans ce cas, le pays serait sur une bonne voie. Parce que 2020 est une année électorale, une année de calculs politiciens ou tous les coups seront permis. Que l’avenir me donne tort sur toute la ligne.

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