RDC : Note de lecture critique de la thèse de l’ancien Président Joseph Kabila

L’ancien président a décroché un master en Afrique du Sud en soutenant un mémoire aux allures de plaidoyer pro domo. 
Un diplôme qui lui a été officiellement remis le 22 octobre. Ce master vient récompenser un mémoire (thesis, en anglais) intitulé « Du désespoir à la stabilité vers la renaissance de la République démocratique du Congo. Un narratif autobiographique et une analyse auto-ethnographique ».


Corneille Kahumba Nzazi, licencié en Droit de l’université de Kinshasa où il exerce comme assistant à l’enseignement, revient à travers une « note de lecture critique », sur la thèse soutenue et défendue par le Président honoraire de la RDC. M. Corneille Kahumba estime que se lancer dans cet exercice revêt une « valeur historique » puisque, selon lui, c’est une « grande première pour un Chef d’État congolais pour nombre de raisons ».

Ci-joint l’économie dudit travail

Aujourd’hui je réfléchis autour de la thèse de Masters de l’ancien président Joseph Kabila pour deux choses principales : sa valeur historique et l’intérêt qu’elle offre pour la recherche.

Pour ce qui est de la valeur historique, il faut dire que cet exercice est, à quelques exceptions, une grande première pour un chef d’Etat congolais pour nombre de raisons. Surtout, et c’est le plus important, nous avons rarement eu droit à une telle analyse dans toute l’histoire moderne de notre pays. Voilà pourquoi, il faut encourager cet exercice pendant le mandat et surtout avant que ne naisse la satanée idée d’un troisième mandat aux conséquences fort incalculables.

Quant à l’intérêt pour la recherche. Un travail de recherche, qu’elle soit de bilan de recherche ou de recherche proprement dite, présente un intérêt certain pour d’autres chercheurs qui vont s’en servir soit pour en critiquer la méthodologie ou les conclusions, soit pour les consolider. En tout cas et quoi qu’il en soit, l’important est d’offrir à d’autres la possibilité de tester les hypothèses et éventuellement les conclusions en suivant la même approche méthodologique. Plus globalement, ce travail présente (mise à part la barrière de la langue tout à fait insolite) un intérêt pour tout congolais qui désire apprendre de l’histoire politique récente de son pays de la bouche de l’un des faiseurs de cette histoire et non pas d’un érudit à 72 000 km du pays, fort déconnecté des réalités du pays.

Deux points vont clarifier ma position. Un court résumé des principales thèses du mémoire dans un premier acte me permettra dans un deuxième acte de dire quelques mots bien gentils.

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PRINCIPALES THESES DU MEMOIRE

Pour commencer, le mémoire de l’ancien président porte sur ses efforts longs de 19 années en matière de construction d’un Etat viable, de consolidation de la paix et de développement économique dans une double perspective théorique et pratique. En effet, du point de vue théorique, l’ancien président inscrit ses efforts dans la Renaissance congolaise et plus largement dans la Renaissance africaine. Qui plus est, en dépit de l’occupation et de l’exploitation du pays par les puissances étrangères (p.142) mais surtout l’assassinat qu’il qualifie de lâche de Mzee Laurent Kabila ; le peuple congolais et son leadership (c’est-à-dire lui-même) ont su démontrer une forte capacité de résilience en vue de la réunification et de la reconstruction du pays par trop déchiré. Ce projet de Renaissance a touché presque tous les secteurs de la vie nationale : l’intégrité territoriale, la restructuration politico-administrative et socio-économique du pays ; le tout avec un substrat moral consistant en la restauration de la fierté et dignité du citoyen congolais longtemps meurtri dans son amour propre.

DU POINT DE VUE DE L’APPROCHE METHOLOGIQUE DU TRAVAIL

Pour mener à bien son projet, l’ancien président a utilisé une méthodologie qualitative basée sur deux approches (une narrative biographique qui n’est pas à confondre avec une autobiographie et une approche fondée sur la gestion de crise de type auto-ethnographique) enveloppées dans ce qu’il appelle la décolonisation du savoir. Vous l’avez bien compris, il s’agit du paradigme afro-centrique. En effet, l’ancien président  affirme à la p. 19 que la combinaison de ces deux approches lui permet de faire deux choses : démêler la bonne graine (une analyse véridique d’un acteur de premier ordre) de l’ivraie (une analyse des outsiders) mais aussi de conserver un équilibre, que je qualifie de fragile (voir deuxième point) avec les exigences scientifiques de rupture épistémologique. En clair, il s’agit de décrire et systématiquement analyser une expérience personnelle afin d’en relever toutes les implications culturelles. En outre, l’ancien président cherche au travers de cette double approche à défier les méthodologies canonisées de faire une recherche scientifique et considère ici la recherche comme un acte hautement politique et social. En gros, il s’agit de refléter sélectivement sur l’expérience passée de l’auteur (p.21). L’ancien Raïs se lance ensuite dans des longs développements tendant à justifier la « scientificité » de son approche méthodologique en qualifiant au passage son mémoire de « field text » (p.22) contrairement aux analyses des outsiders qui seraient de toute vraisemblance des « office texts ».

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Une telle approche ne peut se baser que sur un paradigme afro-centrique de Renaissance africaine. En effet, il s’agit pour l’ancien chef d’Etat de mettre le projecteur sur les efforts des Etats africains et de l’Union africaine dans la narrative du nouveau panafricanisme avec ses trois piliers : unité politique et culturelle de la Renaissance africaine, développement afro-centrique et conceptualisation africaine de ubuntu (p.25). Dans la même veine, l’ancien président pense que le projet de Renaissance africaine dans lequel il s’engage sur le tard est beaucoup plus réaliste que ne l’était le panafricanisme cher au Dr Kwane du moins dans sa formulation initiale. Puisque, empruntant à deux auteurs, il affirme par exemple (p.29) que: « the african Renaissance is much less ambitious, more realistic and practical as it seeks to help craft a community of African states that would act according to the contours of a union, namely common values, systems, and institutions. It also sought to facilitate Africa’s reintegration into the Western-dominated global economy and promote good governance and democratization ». Joseph Kabila se lance ensuite dans des longs développements retraçant la naissance, ou du moins la promotion, de la Renaissance africaine jusqu’à l’ancien président sud africain Thabo Mbeki ainsi que ses caractéristiques les plus essentielles.

Pour ce qui est de la Renaissance congolaise enfin, l’ancien président parle du processus de transition et de transformation de la RDC. Bien que ces efforts aient été entamés déjà par l’ancien premier ministre Lumumba ; Joseph Kabila se focalise sur ses propres efforts qui partent de la mort de Mzee jusqu’à la fin de son règne y compris les deux années de bail illégal à la tête du pays. Ce qui me ramène au deuxième aspect de la thèse qui est l’aspect pratique.

DU POINT DE VUE FACTUEL

Comme noté ci-haut, le second aspect de la thèse de l’ancien Raïs est constitué de l’analyse, mais plus souvent de l’énumération, des faits marquant son long règne à la tête du pays. En effet, les 160 pages du travail sont étalées sur un total de 6 chapitres dont le premier et le dernier portent respectivement sur l’introduction et la conclusion. Le deuxième chapitre porte sur la transition vers la troisième République. Dans ce chapitre, Joseph Kabila traite de son accession à la magistrature suprême ; de l’état du pays à sa prise de fonctions, du discours sur l’état de la nation prononcé en 2001 avec ses orientations majeures ; des évènements majeurs de la transition  y compris le DIC et l’AGI ; de la constitution de la transition et enfin de la naissance de la troisième République.

Qui plus est, le troisième chapitre portant sur la troisième République proprement dite et son cadre institutionnel traite essentiellement de ces thématiques : la constitution du 18 février 2006 avec ses principales options ; le fonctionnement des institutions pendant la première et deuxième législature et enfin les relations diplomatiques et de bon voisinage entre la RDC, les pays voisins, le monde et l’Afrique (tordant du même coup l’accusation de n’avoir suffisamment impliqué la première institution africaine dans la résolution de la crise congolaise, voir par exemple p.60). Le quatrième chapitre traite en 26 sections du fonctionnement des institutions décrites dans le cadre du chapitre précédent. Le cinquième chapitre met quand à lui un focus spécial sur les relations internationales et diplomatiques de la RDC. Ce chapitre est dédié, a-t-il affirmé, aux relations diplomatiques et internationales de la RDC qui étaient alors une de ses priorités en ce ceci qu’elles ont eu pour principal mérite de baliser le chemin vers la paix en RDC, en dépit du fait qu’elles aient contribué à l’accroissement des ressources économiques du pays et à la reconstruction; allusion ici clairement faite au contrat chinois dont les résultats ont été plutôt mitigés. Voila les principales thèses de la thèse de l’ancien président qu’on appelle dans mon université mémoire de DEA. Ainsi, cela me permet-il de traiter du second point qui est donc ma note de lecture critique.

NOTE DE LECTURE CRITIQUE

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1. SATISFACTION: avant toute chose, je voudrai d’abord témoigner ma satisfaction et toute ma sympathie à l’endroit de l’ancien chef d’Etat pour ce beau travail scientifique, si imparfait soit-il. D’ailleurs n’est-il pas là le fait de toute œuvre humaine? Si non la caractéristique fondamentale du Sapiens tel que nous le connaissons. Le mythe des androgynes chez PLATON ne fait que confirmer ce point de vue. L’ancien président laisse sa contribution à l’histoire politique de notre pays que j’estime qu’il faut poursuivre dans le cadre d’un livre autobiographique, surtout à cause des exigences liées à la méthodologie dans le cadre d’un mémoire évalué comme exigence partielle de Masters et pour des besoins principalement d’obtention de titre académique. En outre et sur la même base, son entêtement à ne vouloir quitter le pouvoir a failli couter à la nation son analyse. Car, le projet de troisième mandat dans lequel il s’était engagé était fort dangereux et son aboutissement, une équation à plusieurs inconnues.

Beaucoup d’exemples en Afrique démontrent en en point douter que lorsque l’on s’engage dans ces genres de projets on perd sa tête. Il ne s’agit pas pour ma part d’un auto-fatisfecit psychologique du coupable désigné comme disait LA BOETIE pour ne pas sortir de la servitude volontaire qu’un seul impose à des millions ou véritablement que des millions s’imposent à eux-mêmes car, je considère que la responsabilité du peuple demeure à cet égard intacte (ETIENNE DE LA BOETIE, LE DISCOURS DE LA SERVITUDE VOLONTAIRE OU LE CONTR’UN, 1549, pp.15-17). Par ailleurs, il faut voir aussi un autre problème d’une autre nature. L’interpellation aux dirigeants d’entamer le projet de mémoire dès l’entame de leur mandat, mais surtout bien avant que la satanée idée de troisième mandat ne jaillisse dans leur cœur car, ce projet sera combattu par toutes les voies de droit et peut, au pire ce qui est tout à fait pas souhaitable, emporter son géniteur comme le monstre de FRANKENSTEIN (MARY SHELLEY, FRANKENSTEIN OU LE PROMETHEE MODERNE, FREEDBOOKS, 1818, 312p)

A l’exception des quelques typos minimisables ( notamment p.65, 66, 69, 81 etc.), le travail est globalement bien rédigé dans un style clair et intelligible, tout autant bien ventilé. Ce qui explique par ailleurs la facilité avec laquelle l’étudiant traite son sujet de mémoire. Cependant, la lecture de cette thèse donne quelquefois l’impression d’un récit dystopique. Et pourtant tous les faits sont bien réels. Que l’on soit d’accord ou non avec la manière de les traiter, tous les faits sont réels. Pour donner un exemple, certains faits sont énumérés à la manière journalistique pendant que c’est précisément l’analyse des faits vécus qu’on attend, faits qui ont été diversement commentés dans la presse surtout par ceux qu’il qualifie d’outsiders (p.75). Au surplus, parfois le commentaire des faits majeurs de politique récente de notre pays ne tient que sur quelques lignes (p.116 « sur la rébellion du M23 ») ou encore des longs développements de théorie générale (voir par exemple pp.120-136). Ceci n’enlève en définitive rien aux mérites du travail.

2. METHODOLOGIE : comme rappelé ci-devant, il s’agit d’une méthodologie qualitative fondée sur une double approche : une narrative autobiographique et une analyse de crise de type auto-ethnographique. En clair, il s’agit d’une méthodologie qui permet à l’auteur de raconter une histoire des expériences passées vécues. En outre,  l’ancien président pense que cette méthode est fort sous-estimée en sciences. Mais il appelle les gens à décoloniser leur savoir afin de s’ouvrir à la connaissance de type afro-centrique. Cependant, l’ancien Raïs se défend (notamment à la p.139) qu’il ne s’agit pas techniquement d’une autobiographie même si ç’a tout l’air puisqu’il dit: « The auto-ethnographic approach utilised in tandem with the narrative-biographical approach, is not strict biographical writing that will result in an autobiography by the author ». Il rassure la main sur le cœur que cette méthodologie respecte toutes les exigences de scientificité et donc d’objectivité (p.19 « Professional objectivity »). Le fait est que l’ancien président, en dépit des longs développements dans l’introduction tendant à prouver la scientificité de sa méthodologie dans le «New age » de la décolonisation du savoir, a un mal fou à faire preuve de rupture épistémologique : tantôt c’est Joseph KABILA qui parle du Président Joseph KABILA ; tantôt c’est le Président Joseph KABILA qui parle du Président Joseph KABILA (voir notamment p.62)

Qui plus est, je ne prétends absolument pas qu’un travail scientifique ne devait avoir aucun aspect subjectif, sauf peut-être à être rédigé par des êtres bioniques. Ce qui serait largement compréhensible. Et d’ailleurs la subjectivité devient dans certaines circonstances, même si on n’ose jamais le dire ouvertement, le seul critère d’évaluation « objective ». A cet égard, il n’est pas inutile de rappeler ce que dit THOMAS KUHN à propos de la subjectivité en sciences. En effet, il est ici question de l’histoire d’un scientifique qui avait soumis un article sur certains paradoxes de l’electrodynamique à la British association ; article rejeté à cause de son caractère paradoxal. Quelques temps après, revetu du nom de son auteur et sans aucune modification, l’article fut accepté avec beaucoup d’excuses. Plus globalement, les étudiants en science acceptent les théories à cause de l’autorité de leur professeur et des manuels, et non à cause des preuves scientifiques qu’il leur apporte. (T. KUHN, LA STRUCTURE DES REVOLUTIONS SCIENTIFIQUES, CHAMPS FLAMMARION, 1962, p.210(note 10) et p.118).

C’est donc la problématique de la « vanité » qui est au centre de tous les êtres humains même ceux qui se donnent un mal par trop grand pour faire œuvre de fausse modestie ( ARTHUR SHOPENHAUER, L’ART D’AVOIR TOUJOURS RAISON, 1830, INTRODUCTION : «AVANT-PROPOS : LOGIQUE ET DIALECTIQUE, p.1). Parfois l’université fait des nous des in-dividus contre-nature. Il en va de la science comme généralement de la vertu, qui est profondément elle aussi contre nature (B. MANDEVILLE, LA FAIBLE DES ABEILLES-LES VICES PRIVES FONT LES VERTUS PUBLIQUES, INSTITUT COPPET, 2011, p.15). 99% de nos décisions, y compris dans le domaine des sciences sont les fruits de nos sensations, émotions et désirs (YUVAL NOAH HARARI, HOMO DEUS. UNE BREVE HISTOIRE DE L’AVENIR, ALBIN MICHEL, 2017, p.49)

Cependant, la rupture épistémologique dans le cadre d’un travail universitaire donne l’air d’objectivité, l’air de laisser parler les faits et non pas ses propres sentiments. Bien plus, elle permet la vérification, plutôt la falsification si on veut. C’est-à-dire tout in-dividu devrait, en suivant la même méthodologie, aboutir logiquement aux mêmes résultats. Ce qui en définitive fait des résultats trouvés valides selon les critères scientifiques en vigueur.

Il appartient à l’ancien président de se libérer des contraintes scientifiques en vigueur, ne plus devoir faire des longues justifications de la scientificité de la méthode choisie en écrivant carrément  un livre autobiographique. Car, chercher à justifier sa méthodologie selon les règles établies en sciences n’est pas faire œuvre de « décolonisation », c’est plutôt s’inscrire dans la démarche dominante à sa manière. C’est un peu comme sortir des murs d’une prison pour seulement se retrouver dans la cour d’une grande prison. Ou encore faire une rébellion au sein de la majorité présidentielle sans pourtant la quitter. Un fardeau on ne le combat pas, on le lâche. Si non on n’est pas plus avancé.

3. AFROCENTRISME ET DECOLONISATION DU SAVOIR : pour commencer, l’ancien président appelle ses lecteurs à être ouverts d’esprit et ne plus se cantonner comme trop souvent aux méthodes de recherche canonisées à Rome, Paris, Bruxelles ou Melbourne. Veut-il déclencher une « révolution scientifique » ? Difficile à dire. Mais généralement les révolutions apparaissent à la suite d’analyses d’anomalies des paradigmes existants. Ce qui ne fut pas fait. C’est autant vrai que le monde est parfois impitoyable à l’égard des révolutionnaires surtout à cause des illusions intersubjectives enfouies dans les consciences. Souvent leurs mérites sont reconnus plusieurs siècles après. On se rappelle du mal fou ses contemporains ont donné au passage du géocentrisme à l’héliocentrisme copernicien. Galilée n’a malheureusement pas eu la même chance. Contrairement à Copernic, il aurait bien fait de publier son œuvre au crépuscule de sa vie. D’ailleurs pour résumer tout ça, l’ancien président parle de « l’allégorie de la caverne » (p.15) anticipant peut-être déjà l’entêtement de ses contemporains trop habitués à la pénombre plutôt qu’à la lumière qu’il tente de leur apporter avec allégresse. Tout ça est fort admirable. Mais doit-on prendre l’ancien président au sérieux lorsqu’il parle d’afro-centrisme ? lui qui est la « pure création de l’occident », sauf peut-être à croire que l’occident avait crée le monstre de FRANKESTEIN. Ce qui est loin d’etre la réalité. En effet, l’afro-centrisme est une question importante  ne pouvant être traitée par conformisme. Avec ce qui se passe aujourd’hui au Mali, au Sénégal, au Benin et un peu partout en Afrique ;la jeunesse veut s’approprier son destin longtemps laissé entre les mains de leurs dirigeants blancs à la peau noire, les « Mundele ndombe ». Et c’est important de poursuivre ce combat jusqu’à la victoire totale.

OUI Monsieur le Président ! il faut abattre l’européen au propre comme au figuré. Et le faire c’est faire d’une pierre deux coups : on tue l’agresseur (aujourd’hui le néocolonialiste) et on se libère. J’imagine l’effroi avec lequel certains lecteurs, façonnés par la morale d’esclave nietzschéenne de la non-violence, lisent ces mots. Mais le fait est que, ces mots ne sont pas de moi ; ils sont d’un français du nom de J-P. SARTRE dans sa célèbre préface du livre de FANON, les damnés de la terre (LES DAMNES DE LA TERRE, ED. FRANCOIS MOPERO, 1961, PREFACE, p.29). D’ailleurs pourquoi devons-nous épargner cet occident ? Lui qui a été, comme l’avait si bien dit AIMEE CESAIRE, à la base de la création d’Hitler et de ses odieux crimes. Pour cela, l’europe est moralement et spirituellement indéfendable (DISCOURS SUR LE COLONIALISME, PRESENCES AFRICAINES, pp.88 et 44). Loin d’appeler au meurtre collectif, je retiens pour ma part uniquement le sens figuré de cette formule de Sartre ; c’est-à-dire ce que TONI MORRISON appelle « Meurtre psychologique » (THE BLUEST EYE, VINTAGE INTERNATIONALE, NEW YORK, 1993, p. X « Forward »). Il faut tuer l’européen de notre « imaginaire collectif » en faisant un retour culturel et spirituel à nos sources, condition sine quo non de notre libération mentale. Mais, aujourd’hui tout est fait pour perpétuer cette colonisation mentale. LA BOETIE disait que, dans la démarche du refus de la servitude volontaire, il ne s’agit pas de retirer quelque chose au dominant ; il s’agit de ne rien lui donner (LE DISCOURS DE LA SERVITUDE VOLONTAIRE OU LE CONTR’UN, 1549, p.15)

Revenons-en à l’ancien président. Faut-il vraiment le prendre au sérieux ? En effet, l’impression que donne cette rhétorique sur la décolonisation du savoir est une tentative de justification de sa méthodologie de recherche qu’il qualifie d’«unique » puisqu’il écrit à la page 139 que : « In my view auto-ethnography is one of the most Under-utilised methods in research ; yet is one that can unearth new epistemologies, knowledge and narratives in the age of the decolonisation of knowledge ». Si et seulement si cela s’avère vrai; alors la logique doit être poussée au bout. En effet, il faut tuer l’occidental en général, j’en appelle donc au « meurtre culturel » et le fait est que, cela commence par la langue. L’ancien président écrit, et réfléchit probablement, dans la langue du colon, lingua franca soit-elle. Et pourtant il appelle à la décolonisation du savoir, un peu comme pour dire le changement doit venir de l’intérieur. Soit. Moi même j’écris cette note de lecture dans la langue du colon. Je pense que le projet le plus sérieux dans ce domaine doit impérativement commencer par la promotion de nos langues. Si non on n’est pas plus avancé.

Dans ce combat de réappropriation de nos valeurs, cultures et coutumes ; finalement de la réappropriation de nous-mêmes en soi et pour soi comme disait HEGEL (PHENOMENOLOGIE DE L’ESPRIT, AUBIER MONTAIGNE, PARIS, TOME I, TRADUCTION DE HYPPOLITE, 1937, p.20 ) ; il est important d’éviter la rhétorique politicienne qui relève au finish d’une fantasmagorie sans consistance.

Pour montrer l’ampleur du problème, considérons ce que l’auteur à succès HARARI dit. En effet, « aujourd’hui, bien plus qu’ils ne sont généralement prêts à l’accepter tous les êtres humains sont européens dans leur habillement, leurs pensées et leurs goûts. Ils peuvent bien être farouchement anti-européens dans leur rhétorique, presque toute la planète voit la politique, la médecine, la guerre et l’économie par les yeux des européens, et écoute de la musique écrite sur des modes européens avec des paroles en langues européennes. Aujourd’hui encore, la foisonnante économie chinoise qui pourrait retrouver sous peu la primauté mondiale, repose sur un modèle productif et financier européen ». (SAPIENS-UNE BREVE HISTOIRE DE L’HUMANITE, ALBIN MICHEL, 2015, p.157). Tous les in-dividus sont européens ! Quelle dure vérité ! Ce n’est ni avec les mots encore moins avec les narcotiques, que l’on peut combattre ça. Une stratégie d’envergure doit être mise en place par les pouvoirs publics une fois conscients de l’urgence du problème. Quand on était président de la république, on a rien fait dans ce sens et c’est uniquement lorsqu’on quitte le pouvoir, à dire vrai lorsqu’on est forcé de quitter le pouvoir, qu’on reprend son manteau de panafricaniste. NON Monsieur le président, ça ne marche pas comme ça !

Evidemment toute cette explication n’explique rien, si non le fait que le problème est fort complexe.

Doit-on prendre l’ancien président au sérieux ? Lui qui est, en dehors d’être européen (dans son habillement, sa vie, l’éducation de ses enfants qui ne fréquentent comme Samba Diallo ou ses ancêtres aucune école traditionnelle etc.) « en tant que président » la création de l’occident ? En effet, l’ancien président se félicite, aux pages 144-145 de sa thèse, d’avoir été peu de temps après son premier discours entant que chef de l’Etat le 26 janvier 2001 reçu par Washington, Paris, Londres et Bruxelles. (Je reviendrai sur la question de la « Mobilité d’un chef d’Etat » au point 4). Ceci dit, je rappelle seulement ce que le président SASSOU avait dit à l’époque du président KABILA : « Ce jeune Kabila, président du Congo voisin : venu de nulle part, en quinze jours il a eu les honneurs de Paris, Bruxelles, Londres et Washington (…) Joseph est un cheval de Troie du président rwandais. Officiellement, pendant la journée, il s’oppose à Paul Kagame, mais la nuit tombée, il marche avec lui (…) or en Afrique, c’est la nuit que les choses importantes se passent (…) (PIERRE PEAN, LES GUERRES SECRETES DES GRANDES PUISSANCES EN AFRIQUE, FAYARD, PARIS, 2010, pp.531-532). Je refuse d’en dire davantage.

Pour boucler ce point, l’afrocentrisme  de l’ancien président semble bien plus que toute chose être un règlement de comptes à ses anciens alliés, plutôt qu’une simple rhétorique politicienne. Les observateurs attentifs se rappelleront du reste que ce discours était né lorsque l’ancien chef de l’Etat perdait un à un ses soutiens occidentaux. Il semble maintenant faire son bonhonne de chemin.

4. MOBILITE DU CHEF DE L’ETAT : La mobilité du chef de l’Etat est le fait pour ce dernier de se déplacer des temps en temps en dehors du pays pour nombre de raisons : soutiens politiques, soutiens financiers, alliés stratégiques et géostratégiques, légitimité ou légitimation (c’est selon) de son pouvoir, plaisir personnel, raisons médicales etc. Je traite ce thème parce qu’il a une raisonnante dans le présent de la RDC. Comme l’histoire peut être ce terrible recommencement ! En effet, Joseph KABILA pense, et j’en conviens, que la mobilité d’un chef d’Etat est une donnée essentielle dans l’analyse de la politique d’un pays. Et d’ajouter: « The mobility of any head of state is a sign of a country’s standing and legitimacy in the world (…) The purpose behind the trip (aux USA, en France, en GB et à Bruxelles) was to reassure members of the international community of my plans for the country, and again I stressed the importance of political stabilization, unity, peace and security. I highlighted in very direct terms the need for signatories to the Lusaka Agreement to live up to the letter and spirit of that important pact. I encouraged members of these governments to lend us their help ».

Comme l’éthique consumériste est l’autre versant du capitalisme ; il y a une autre réalité à cet admirable discours. Le mot le plus important ici est « légitimité ». Sans faire du juridisme, je note seulement que la pratique des coups d’Etat et de troisième mandat en Afrique nous apprend qu’il existe plusieurs formes de légitimité, ou du moins la légitimité est une donnée à géométrie variable (VOIR MA CHRONIQUE SUR LE COUP D’ETAT EN GUINNEE). Mais généralement on est « dit » légitime et non pas on « est » légitime (ce qui n’est pas du tout la même chose) lorsqu’on respecte les règles antérieurement établies in illo tempore non suspecto d’accession au pouvoir (par conséquent, lorsqu’on fraude on viole ce principe sacro-saint. On perd de ce fait même toute once de légitimité pouvant subsister sur la foi de fraus omnia corrumpit) ; tout comme on peut être « vu » légitime après une tabula rasa des règles existantes pour autant qu’on puisse s’appuyer sur un large suffrage populaire.

L’ancien président tient en estime la légitimité, ou la légitimation du pouvoir, par l’occident. Vous réalisez toute suite le malaise qu’une telle déclaration peut créer. Pour rendre les choses on ne peu plus claires ; quoique disent les résultats des élections proclamés par une commission chargée de les organiser, démocratique soit-elle, rien n’est comparable à la légitimation qu’offrent les occidentaux. En revanche, même si on est mal élu, et dans certains cas non élu, l’occident peut régler l’affaire. Dès lors pourquoi nous battre pour l’organisation des élections ou autour des têtes des animateurs de la CENI ? A mon avis les gens veulent contrôler la CENI pour une seule raison : accomplir leur partie du deal en interne et l’occident s’occupera du reste. Voilà la dure vérité que nous révèle l’ancien président qui du coup remet en cause tout notre système apparemment démocratique. L’auto-détermination du peuple s’en trouve être détournée. Faut-il s’en plaindre ? la dénonciation n’y changera rien. Il faut plutôt agir. Ce qui me ramène à la thèse principale de LA BOETIE, la servitude volontaire.

Il en résulte que, Si on est conscient de cette réalité, il faut alors se libérer en nous réappropriant le destin de notre pays. Ils parlent souvent de nous disait SARTRE mais jamais à nous. Ils doivent apprendre à nous parler. Le respect se ne demande pas, il s’impose. Nous devons imposer le respect en étant d’abord conscient des enjeux car, l’information est un pouvoir. Un peuple diverti, surtout une jeunesse divertie, est un peuple consentant qui se désintéresse complètement des choses les plus fondamentales liées à la survie de sa nation. Conséquence ? Manipulation de la plus pire espèce c’est-à-dire celle qui n’exige pas grand effort. Mais, me direz-vous, même dans les vieilles démocraties les populations sont manipulées. Oui elles le sont notamment au moyen de la propagande (psychologie populaire etc.). Voilà maintenant plus d’un siècle que la preuve fut administrée (E. BARNAYS, PROPAGANDA. COMMENT MANIPULER L’OPINION PUBLIQUE EN DEMOCRATIE, LA DECOUVERTE, PARIS, 220p.). Mais là-bas, dans l’objectif de manipuler les gens, les dirigeants font quand même semblant de tenir les promesses électorales ; ici ils n’ont pas intérêt à faire semblant ; là-bas les populations donnent des insomnies à leurs dirigeants ; ici les dirigeants ajoutent quelques kilos en plus etc.

Et l’ancien président est mieux placé pour comprendre l’importance de la légitimé ou légitimation c’est selon de l’occident ; lui qui était inconnu du grand public à sa prise de pouvoir en 2001 et dont la seule survie ne dépendait que du soutien qu’il avait de l’occident. Les occidentaux n’aiment les dirigeants populaires qui sont difficilement manipulables. En 1997, s’ils avaient envie de soutenir la démocratie ; ils auraient bien pu soutenir ETIENNE TSHISEKEDI qui était alors l’alternative la plus crédible au pouvoir vieillissant du Président MOBUTU. Mais ils ont juré comme le corbeau de Jean de la FONTAINE de ne plus jamais commettre cette erreur. Un dirigeant qui ne tient qu’à leur bon vouloir est une aubaine pour eux d’autant plus qu’ils peuvent demain à leur guise révéler les preuves de sa fraude et le lendemain il est admis dans une clinique psychiatrique puis remplacer par son opposant historique. Un proverbe africain dit que : si les américains vous soutiennent ce qu’ils ont trouvé du diamant chez vous, le jour où cela ne sera plus le cas vous l’apprendrez à votre dépourvu. Le président KABILA a appris à son dépourvu qu’il était aussi un pion sur leur échiquier.

Il n’en demeure pas moins, bien entendu, qu’un président peut effectivement voyager en dehors du pays pour des raisons que j’ai énumérées plus haut. Mais, que dire lorsqu’il voyage à l’excès ? A dire vrai, je vois pour ma part deux choses. La première est celle que je viens d’évoquer : la recherche de la légitimité ou légitimation de son pouvoir. Rencontrer les dirigeants du monde peut ragaillardir  l’ego mais surtout contribuer à renforcer à l’échelle individuelle l’idée qu’on est bien président. Un peu comme pour dire, le problème de légitimité que vous chassez par la porte revient par la fenêtre.

La deuxième chose c’est l’état d’esprit du président qui voyage à l’excès. Quel est aujourd’hui l’état d’esprit du président Félix TSHISEKEDI ? Le commandant en chef dont le pays est partiellement en guerre voyage en personne même là où il peut se faire représenter. Ce fait seul à de quoi étonner. Bien plus, ses hôtes le prennent-ils vraiment au sérieux quand il agit de la sorte ? Je pense, c’est mon hypothèse, que la réponse est à rechercher dans son état d’esprit actuel (mindset),tout au moins dans l’état de tutelle comme disait KANT dont il s’est lui-même imposé de telle sorte qu’il n’est plus vraiment capable de décliner une invitation. Sapere aude : il faut avoir le courage de se servir de son propre entendement (sur l’état de tutelle auto-infligé, voir E. KANT, QU’EST-CE QUE LES LUMIERES, 1784, pp.1-7).

J’entends les gens amuser la galerie en comparant le président au Magellan moderne.  Ça fait rire pour ne pas pleurer. Magellan avait en 3 ans parcouru 72.000 km. Ce voyage avait couté la vie à presque tout son équipage, y compris à lui-même. Nous étions au XVIe plus exactement en 1522. En 1873, Jules verne imaginait un autre tour du monde en seulement 80 jours. Aujourd’hui au XXIe siècle, tout in-dividu de classe moyenne peut faire le tour du monde en seulement 48h. Si vous faites un petit calcul, vous verrez exactement combien de fois le président Félix a fait le tour du monde. Maintenant qu’il vient de rentrer de Glasgow avec des milliards qu’il reste au pays pour s’occuper de la guerre au quotidien.

5. QUELQUES CONTRE-VERITES : J’en ai retenu pour ma part deux. En premier lieu, l’ancien président affirme à la page 105 de sa thèse ce qui suit : « The president of the Republic appoints and may remove the Prime Minister, and other members of the government ». Si mon anglais n’est pas trop mauvais, je crois savoir que cela veut dire que le Président de la République nomme et relève (peut relever c’est selon) de leurs fonctions le Premier Ministre ainsi que d’autres membres du gouvernement. Une telle phrase jetée en pâture sans toute forme de précision généralement quelconque est une profonde contre-vérité. En droit congolais, le parallélisme des formes et de compétences ne joue pas pour ce qui est de la nomination du Premier Ministre. Notre constitution ne donne aucun pouvoir au président de la République en matière de révocation du Premier Ministre. Le pouvoir en cette matière est un pouvoir de constat, en d’autres termes une formalisation de la démission du Premier Ministre. Voila tout. L’article 78 de la constitution dit : « al.1 Le président de la République nomme le premier ministre au sein de la majorité parlementaire après consultation de celle-ci. Il met fin à ses fonctions sur présentation par celui-ci de la démission du gouvernement (…) al.4 Le président de la République nomme les autres membres du gouvernement et met fin à leurs fonctions sur proposition du premier ministre. ». In claris interpretatio cessat ? Certainement pas puisque, la clarté en droit n’existe pas. Ceci peut sembler étonnant à plus d’un mais il n’en est pas question. La clarté en droit n’existe pas. Il faut donc toujours interpréter. Un concept happé par le droit n’a plus le sens que lui en donne le langage courant. Il appartient à son gardien de nous dire qu’est-ce qu’il en est (interprétation authentique) (KELSEN, « QU’EST-CE QUE LA THEORIE PURE DE DROIT ? », DROIT & SOCIETE22-1992, 1992, pp.551-568 ; HART, CONCEPT DE DROIT, PRESSES UNIVERSITAIRES SAINT LOUIS, BRUXELLES, 2005, TRADUCTION DE DE KERCHOVE, 269p.)

Ce que je m’apprête à faire est donc une interprétation qui relève de la connaissance et ne s’impose à personne. En effet, il y a une raison derrière le fait que la question de la nomination et de révocation (impossible pour le Premier ministre) du premier ministre soit séparée de celle liée aux autres membres du gouvernement. La raison est fort simple. C’est que le régime juridique n’est tout simplement pas le même. Si la constitution donne au président de la République le pouvoir de nommer le Premier ministre ; elle ne semble pas en revanche lui en donner la compétence de révocation qui ne peut survenir que dans deux hypothèses. Soit, il est déchu par le vote d’une motion de censure conformément à l’article 147, auquel cas tout le gouvernement tombe avec lui, soit pour une raison ou pour une autre il se décide de démissionner. Par contre, le chef de l’Etat peut demander la démission du chef du gouvernement, auquel cas il lui appartient d’accéder ou non à cette demande. L’Homoerectus de l’article 78 de la constitution congolaise qui n’a lui pas encore disparu est l’article 8 de la constitution française. (Ceux qui veulent poursuivre les détails, peuvent lire avec grand intérêt DELPHINE POLLET-PANOUSIS, « LA CONSTITUTION CONGOLAISE DE 2006 : PETITE SŒUR AFRICAINE DE LA CONSTITUTION FRANCAISE », REVUE FRANCAISE DE DROIT CONSTITUTIONNEL, N75, 2008, pp.451-498).

Qui plus est, la deuxième contre-vérité tient au fait que l’ancien président affirme à la p. 109 que ses deux « victoires » électorales de 2006 et de 2011 lui ont permis de garder la même majorité parlementaire de laquelle sont sortis tous ses premiers ministres (all his prime ministers). Cela est aussi une contre vérité. En fait, je ne vais pas ici revenir sur les vains débats de savoir s’il y a une différence entre « majorité parlementaire » et « majorité présidentielle ». Je crois qu’avec le recul du temps, ceux qui soutenaient l’identité entre les deux ne devraient se regarder dans le miroir  sans frémir selon la célèbre formule du professeur BOSHAB (ENTRE REVISION DE LA CONSTITUTION ET INANITION DE LA NATION, LARCIER, 2013, p.106). C’est d’ailleurs pour ça que nous continuons à étudier l’histoire, certainement pas pour se rappeler des vieux types, des vieux docs etc. mais plutôt pour éclairer l’avenir, apprendre des erreurs du passé pour améliorer le présent. On étudie donc l’histoire pour s’en libérer. (YUVAL NOAH HARARI, HOMO DEUS. UNE BREVE HISTOIRE DE L’AVENIR, ALBIN MICHEL, 2017, p.33).

Cela étant entendu, considérons à présent ce que dit l’article 78 de notre constitution. En effet, cette disposition nous dit que le premier ministre est nommé au sein de la majorité parlementaire après consultation de celle-ci. Pour commencer, je pense qu’un juge nous doit une interprétation politiquement non motivée de cette disposition afin d’éviter d’éventuelles incompréhensions dans l’avenir, incompréhensions infondées d’ailleurs. Dans un régime parlementaire rationalisé (ou semi-présidentiel), qui reste toujours parlementaire à la base, majorité parlementaire s’entend du parti ou de la coalition qui a plus de membres à l’assemblée nationale. La constitution ne dit pas qu’il faut nommer le président du parti ou de la coalition majoritaire mais seulement au sein de cette majorité. Ce qui donne au président de la République une latitude de se choisir une personnalité avec laquelle il va collaborer. Il appartient donc à ce parti ou à cette coalition de lui proposer une ou quelques têtes. Cela a pour conséquence d’éviter une cohabitation automatique. Ceux qui au début de cette législature  nourrissaient ce phantasme ne pouvaient mener à bien leur projet que par des moyens illégaux (par ex. menacer de déchéance tous ceux qui voulaient traverser ; ce qui a eu pour effet de battre un autre record : le contentieux le plus long de toute l’histoire de contentieux). Le premier ministre Muzito n’était pas membre, à sa nomination, de la majorité parlementaire

6. LANGUE DE LA THESE : Le président de la République a defendu son mémoire dans la langue de l’auteur d’Hamlet. Ceci se comprend dans la mesure où il l’a fait dans une université sud-africaine, en l’occurrence l’université de Johanesbourg, dont la langue officielle est l’anglais. Entant qu’ancien président du nous dit-on plus grand pays francophone d’Afrique, comment ce fait ne peut-il pas soulever les bonnes consciences ? Si vous ne voyez pas exactement où est le problème, je vous en donne quelques exemples. Imaginez le président Turque défendre un mémoire en français à la Sorbonne ; imaginez Angela Merkel soutenir sa thèse en anglais dans une des universités du Ivy-league. Ce fait ne va uniquement soulever la Turquie ou l’Allemagne mais son effet s’étendra au-delà pour bien de générations à venir. Je n’accuse pas le chef de l’Etat d’avoir négligé le système éducatif national dont il a été l’émanation pendant prés de deux décennies. Mais on pourrait le penser en toute bonne conscience. Je ne dis pas non plus qu’il n’ait pas le droit de le faire, d’ailleurs c’est un secret pour personne que l’ancien président s’exprime mieux en français qu’en anglais. C’est plutôt le contraire qui est vrai. Or le premier public auquel ce mémoire sera une contribution est un public francophone et en l’occurence congolais. La conséquence est que beaucoup n’ont pas pu lire par eux-mêmes cet important travail. J’espère de tout coeur que cette note contribue autant que faire se peut à calmer les esprits. Si l’ancien président lit cette note de lecture (maintenant que j’en ai la certitude apodictique), ça serait chouette. David HUME ne demandait que ça. ( TRAITE DE LA NATURE HUMAINE, LIVRE I : DE L’ENTENDEMENT, 1739, p.6). Je souhaite que, lorsqu’il va écrire sa biographie je l’y invite d’ailleurs ; que cela soit fait en français. Rien n’empêche d’ailleurs que ses services puissent s’activer pour la traduction de ce mémoire. Beaucoup d’étudiants et chercheurs congolais n’attendent que ça.

7. CONCLUSION : Je réalise que j’ai beaucoup parlé, ce dont je m’en excuse ; il est temps d’épiloguer. Epiloguons maintenant. En effet, toute fausse modestie avalée, je voudrai encore maintenant redire toute ma gratitude à l’endroit de l’ancien chef d’Etat pour ce travail historique fantastique.  Toutefois, Tout ce qui a été dit dans le cadre de cette réflexion n’engage que son auteur. S’il est vrai que la reussite nourrit l’ambitionn et que nos realisations recentes nous poussent à nous donner des objectifs encore plus ambitieux (HOMO DEUS, p.13) ; j’invite l’ancien Président à poursuivre son oeuvre dans un livre autobiographique. Le merite le plus important de la thèse est celui d’exister au delà de bien d’autres choses géniales qu’elle traite. Il doit donc se rassurer que si la joie ne se lit pas sur mon visage, mon coeur, lui, est comblé.

Corneille KAHUMBA

Faculté de Droit, Université de Kinshasa